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| Interviews / EpitAnime 2004 : Marianne Ciaudo |
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Interview de Marianne Ciaudo, coordinatrice éditoriale chez Delcourt depuis le mois de mars, ancienne journaliste rédactrice en chef de Manga Art, réalisée lors de l'EpitAnime 2004 qui s'est déroulé du 28 au 31 mai 2004 à Paris.
MaXoEKISSA : En quoi consiste ton métier ?
Marianne Ciaudo : Chez Delcourt, les choix éditoriaux ainsi que les relations avec les Japonais sont assurés en externe par la structure Akata, c'est-à-dire Dominique Véret et Sylvie Chang. Akata s'occupe aussi de la gestion de l'équipe de traducteurs et adaptateurs. Mon travail consiste à coordonner les efforts d'Akata avec ceux du reste de l'équipe, notamment les lettreurs, pour que les bouquins arrivent à l'heure à la fabrication.
Une grande partie de mon énergie est consacrée à faire des plannings et surtout à limiter les retards de chacun des acteurs de la chaîne. Akata a besoin de beaucoup de temps pour que les mangas aient une grande qualité alors que Delcourt, pour des impératifs commerciaux, a besoin que les bouquins sortent dans les délais… Je suis un peu entre le marteau et l'enclume !
Tu suis donc la production du manga en français de A à Z. Peux-tu nous décrire les différentes tâches un peu plus précisément ?
Une fois que les droits des titres sont acquis, le livre est d'abord traduit du japonais au français. Ensuite, il passe entre les mains de l'adaptateur qui va remanier le texte pour le rendre fluide, mais sans trahir l'esprit et les particularismes culturels du manga. Le texte est ensuite lettré. Toutes les onomatopées sont traduites, adaptées et lettrées. C'est une tâche délicate mais aussi l'un des atouts de nos mangas ! Viennent ensuite les vérifications de l'adaptateur, de Dominique Véret, de la fabrication (pour que les textes ne soient pas coupés à la coupe chez l'imprimeur) ainsi qu'une relecture orthographique.
Je m'occupe de rassembler toutes les corrections et de les donner au lettreur. Il faut environ 6 mois pour "fabriquer" un manga en version française de A à Z. Parfois, certains titres très complexes prennent beaucoup plus de temps. Les objectifs de qualités priment sur tout le reste.
Le rôle du lettreur me semble un peu obscur. Pourrais-tu nous en dire plus ?
Le travail du lettreur se compose principalement de trois phases : la première, la plus rébarbative est le scan de l'ouvrage japonais qu'il aura désossé (le dos du livre est découpé au cutter et chaque page est séparée). Ensuite il nettoie et efface toutes les onomatopées dans chaque image. C'est un travail minutieux qui demande souvent de redessiner, de retramer la planche. Ensuite, le lettreur place le texte en français dans les bulles. Il arrive en dernier dans la chaîne, c'est lui qui subit le plus les retards et le stress pour respecter les délais ! C'est parfois épuisant, mais nous avons une équipe sacrément motivée !
Quelques questions maintenant sur les mangas et leur adaptation en français : comment faites-vous pour respecter au maximum l'œuvre japonaise chez Delcourt ?
Le respect de l'édition originale passe déjà par la couverture. Vous avez sans doute déjà remarqué que la couverture française diffère souvent de la couverture originale. En fait, lorsque nous achetons des droits pour un manga, la maquette de la couverture n'est pas toujours comprise dans le prix. Parfois, seule l'utilisation de l'image est autorisée. On peut alors faire preuve de plus de créativité. Les graphistes du studio Trait pour Trait s'occupent des mises en page de jaquettes.
Dans tous les cas, elle est validée par l'ayant droit japonais. Ces procédures de validations sont lourdes et prennent en général plusieurs semaines…. Le format (la taille du livre) est respecté systématiquement. Les pages couleurs sont elles aussi fidèlement reproduites, Ping Pong est un bel exemple de respect de l'édition originale. Dans le cas de Fruits Basket, comme c'est un titre de la collection "Hana to Yume", nous avons créé le design des couvertures. Je le trouve vraiment réussi, avec le cercle zodiacal en fond.
Et au niveau des éditions françaises des Art Books, où en est-on ?
Nous nous heurtons à deux problèmes de taille pas vraiment résolus : le coût de la fabrication élevé et un lectorat limité. Cela condamne malheureusement le lecteur (à de rares exceptions près) à se tourner vers les importations de livres en japonais. Par contre, nous avons comme politique d'éditer les guide-books et fan-books de nos séries. Celui de Nana sortira en novembre...
Tu as réalisé une conférence sur ton métier cette année à l'EpitAnime 2004. Est-ce la première fois que Tu viens ? Que penses-tu de la convention en elle-même ?
Epitanime est ma convention "chouchou", c'est l'occasion de retrouver pleins d'amis. Il s'agit de ma quatrième participation. Cette année, Delcourt était présent pour la première fois avec un stand. Nous étions aussi sponsors de la manifestation. C'est l'occasion de faire connaître des séries un peu moins connues et de discuter avec les lecteurs. Comme chaque année, la convention s'est bien passée, toujours aussi sympathique et motivante avec plein d'artistes en herbes prêts à exhiber leurs œuvres dans des fanzines. Pour Delcourt, le bilan est très positif, toute l'équipe a adoré et nous serons tous sur les rangs pour Japan Expo !
Merci beaucoup.
Je t'en en prie, ce fut un plaisir.
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