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Quel sera le sujet de cet article ? J'ai pensé à un OAV qui m'a beaucoup marqué, issu d'une série que je pense vous connaissez tous : il s'agit de Rurôni Kenshin - Kenshin le Vagabond chez nous. Le premier OAV (regroupement 4 OAVs) tiré de cette histoire se nomme Tsuioku Hen, littéralement "Le chapitre du Souvenir", raconte l'enfance de Kenshin et les raisons qui le poussèrent à devenir un assassin…

Mais tout d'abord, intéressons-nous à l'aspect technique du DVD. Tsuioku Hen est tiré de l'œuvre de Nobuhiro Watsuki, "Rurôni Kenshin" comme nous le mentionnions plus haut. En chef de projet, on trouve Ryuzo Shirakawa et Hiroshi Hasegawa ; le réalisateur est Kazuhiro Furuhashi ; au character design, Masahide et Yanagisawa ; enfin, la musique (une merveille) est l'œuvre de Taku Iwasaki.




Nous pouvons maintenant nous pencher sur l'histoire de Tsuioku Hen. Celle-ci se déroule en l'an 1863, à Kyoto. Le gouvernement du Shogun Tokugawa en place depuis 200 ans se prépare à vivre ses derniers soubresauts, victime des révoltes incessantes de clans, parmi lesquels les Ishin Shishi -"les chevaliers à l'âme noble"- dont l'objectif est d'apporter au Japon une nouvelle ère de paix. A leur tête, Kogoro Katsura, qui se lance dans une guerre clandestine d'assassinats et de complots.

C'est dans ce contexte qui verra l'avènement de l'ère Meiji que le jeune Kenshin, dit "Hitokiri Battosaï" -l'assassin à l'épée divine- s'engagera aux côtés de Katsura. Il rencontrera également une étrange jeune fille, Tomoe Yukishiro, qui tient un rôle primordial dans l'histoire de Tsuioku Hen. Voilà pour ce qui est de l'histoire, je ne vous en dis pas plus sous peine de vous révéler des éléments cruciaux et par là-même vous ôter tout l'intérêt de l'OAV… Avouez que cela serait dommage.




Nous allons maintenant nous risquer à une petite analyse de Tsuioku Hen, qui contiendra en revanche bon nombre de révélations sur l'histoire… Commençons par le personnage de Kenshin, véritable héros malgré lui de cette aventure. Vendu à des marchands d'esclaves et témoin du meurtre de tous ses compagnons de route, son enfance lui est ôtée dès lors que Séïjurô Hiko le prend sous son aile, afin de lui inculquer les techniques de l'école Hiten Mitsurugi-Ryu…

Kenshin est un personnage à l'aspect psychologique très poussé, obligé de refouler tout sentiment pour accomplir son devoir d'assassin ; en cela la phrase qu'il prononce est tout un symbole, celui de son engagement et de son acceptation de cette condition : "Je tuerai à la place des Dieux". Kenshin est également le personnage qui évoluera le plus au cours de l'OAV. Assassin de sang froid au début, sa rencontre avec Tomoe sera un évènement qui bouleversera le jeune homme. Cette dernière, sensible et déterminée, saura petit à petit lui faire reprendre goût à la vie…




Tomoe Yukishiro est une jeune femme tout ce qu'il y a de plus normal de prime abord, "Une fille issue d'une famille au glorieux passé, c'est assez banal" déclare Izuka. Pourtant, sa rencontre avec Kenshin (qui est particulièrement sensible au parfum de fleur de cerisiers de la jeune femme) n'est pas le fruit du hasard ; en effet c'est lui qui ôta la vie au fiancé de Tomoe, et par là-même le bonheur à cette dernière… Mais plutôt devrais-je dire un bonheur.

Je me dois là de faire une aparté, afin de vous expliquer la signification des fleurs de cerisiers. En effet, il s'agit d'une métaphore utilisée au cours de la seconde guerre mondiale pour désigner les avions kamikazes que les japonais envoyaient sur les navires américains… Les fleurs de cerisiers, une fois tombées de l'arbre, se fanent (vous pouvez, si le cœur vous en dit, consulter l'article sur "The Cockpit" à ce propos). Bref, nul doute que ce choix n'est pas innocent de la part de Watsuki.




Mais revenons-en à Tomoe. La jeune femme présente également une personnalité très intéressante. Ne souriant jamais (sauf à une occasion, nous y reviendrons), elle se sent responsable de la mort de Kyosato, qui parti pour Kyoto afin de rendre fière sa future femme. Elle reste impassible, s'exprimant sur le même ton, comme pour cacher sa rancœur envers celui qui lui ôta le bonheur.

Pourtant, à sa rencontre avec Battosaï, on découvre l'espace d'un instant une toute autre jeune femme, sensible et dont les mots frappent Kenshin : "Vous faites pleuvoir, une pluie de sang" lui dit-elle, avant de s'évanouir. Dès lors, c'est une véritable lutte qui semble s'engager entre la Tomoe désireuse de faire payer son crime à Battosaï, et celle qui désire malgré tout réveiller en lui la part d'humanité qui lui permettrait de retrouver la raison (en témoigne la scène où elle lui met une couverture alors qu'il dort à la fenêtre… un grand moment).




Toute l'histoire de Tsuioku Hen est basée sur la relation ambiguë entre Kenshin -Battosaï l'assassin de son surnom- et Tomoe Yukishiro. Les évènements se succèdent et semblent échapper au contrôle des deux personnages. Ainsi, pour cacher l'identité de Kenshin, Kogoro Katsura leur suggèrera d'aller vivre comme mari et femme dans le petit bourg de Ootsu, le temps que s'apaisent les esprits. C'est là un moment crucial de l'histoire : le temps passé à la campagne permet à Kenshin de découvrir les plaisirs de vivre, que son statut d'assassin lui interdisait auparavant (son seul passe-temps était alors de jouer avec une toupie).

Ses liens avec sa "femme" se resserreront, tandis que Tomoe est de plus en plus partagée entre l'amour et la haine. Scène très importante à ce niveau, le moment où l'un et l'autre se confient (scène commençant par Tomoe : "Vous ne m'avez jamais rien demandé"), permettant aux sentiments de s'exprimer peu après, au cours de ce qui sera la seule et unique scène de joie du film, marquée par un sourire de Tomoe… Un moment émouvant qui -je l'avoue- m'a arraché quelques larmes.




Enfin, venons-en AU moment, celui qui marquera les esprits de ceux qui visionneront Tsuioku Hen. Mais pour cela, il faut nous pencher sur le dernier aspect intéressant de la personnalité de Tomoe : son aveuglement ; l'amour rend aveugle dit-on, mais la haine aussi ! Et c'est par haine tout d'abord, que la jeune femme accepte de devenir malgré elle le point faible de Battosaï l'assassin. Cette scène, au cours de laquelle Tomoe se sacrifie pour permettre à Kenshin de vivre et d'expier ses fautes, illustre parfaitement la complexité des sentiments de la jeune femme, et l'apparition de Kyosato lui présentant la fleur que Battosaï avait déposée sur son corps reste un moment inoubliable, qui convaincra définitivement la jeune femme de ne pas laisser mourir une deuxième fois celui qu'elle aime.

Notons que cette scène est présentée avec une très grande maîtrise ; rien ne nous est montré. Dans un premier temps, seul le parfum, l'odeur de cerisier, nous met sur la voie : Kenshin, qui était prêt à mourir pour permettre à Tomoe de vivre dans cette époque nouvelle pour laquelle il s'était battu, vient de tuer la personne la plus chère à ses yeux. Une scène définitivement culte, qui fait frissonner tant elle est cruelle, et met en exergue la douleur ressentie par celui qui jusque là semblait insensible… Jusqu'à cette nuit, et cette rencontre avec celle qui allait changer sa vie. La scène se termine comme elle avait commencé, en apothéose, sur le dernier geste de Tomoe, qui laissera une marque indélébile (ou presque, clin d'œil à ceux qui ont vu SeiSou Hen) : la célèbre cicatrice en forme de croix de Battosaï l'assassin, alias Kenshin Himura !




Pour finir, maintenant que nous avons brossé un bref portrait des principaux personnages intervenant dans le film, intéressons-nous aux personnages secondaires. Parmi eux, on retrouve Hajime Saïto. Appartenant au Shinsen Gumi, et plus particulièrement aux Loups de Mibu, il combat les patriotes dont Kenshin et lutte contre l'instauration d'une nouvelle ère. Il n'apparaît que peu et son combat avec Battosaï se révèle très court, au point qu'on n'en connaît même pas le vainqueur, si vainqueur il y a… Peut-être le seul petit reproche que l'on pourrait adresser au film.

Puis vient Katsura, dont le rôle est non négligeable, puisqu'il va contribuer au rapprochement entre Kenshin et Tomoe, en leur proposant d'aller vivre en tant que mari et femme à Ootsu. Celui qui se révèle être le traître, Izuka, a également un rôle important dans le rapprochement entre les deux héros. Notons au passage qu'il est assassiné à la fin par un individu dont Katsura dit à Kenshin que ce sera lui qui à présent fera le sale boulôt, et qui ressemble étrangement à Makoto Shishio.




Autre personnage relativement important, Takasugi, qui créa le Kiheitai -sorte de clan dont fait partie Kenshin-, jusqu'à ce que Katsura ne le recrute. Bien plus important, la présence d'Enishi Yukishiro, le jeune frère de Tomoe. Si celui-ci n'a dans Tsuioku Hen qu'un rôle mineur -celui d'un informateur- on peut aisément deviner que le fait d'avoir vu sa sœur mourir sous ses yeux, et la haine qu'il voue à Kenshin, fera de lui un des personnages importants de la série. Enfin, Séjurô Hiko, le maître de Kenshin, celui sans qui rien ne se serait passé.

C'est lui qui inculque au jeune enfant les bases du Hiten Mitsurugi-Ryu, en faisant un individu capable de se défendre, et de défendre ceux qui lui sont chers. C'est également lui qui donne son nom à Kenshin (Cf. la phrase qui conclut l'OAV : "...un nom trop tendre pour un guerrier. Désormais, tu te feras appeler Kenshin..."). Voilà, c'en est tout pour cette critique de Tsuioku Hen. J'espère que la lecture de cet article vous aura donné envie de découvrir ou redécouvrir, ce que je considère comme le plus grand film qu'il m'ait été donné de voir. Sur ce, je vous laisse à vos réflexions…


Merci à Jiu (Murwar) pour ses pertinentes remarques, qui m'auront permis j'espère d'améliorer ce dossier.


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